-
COURS DE BATTERIE CAEN - Concept rythmélodique

« La batterie est un instrument de musique, pas un instrument qui indique le rythme »
Christian Vander (Rimshot n°11 - Juin 2002).
La musique est un langage, dit-on. En effet, elle a ses codes et ses règles combinatoires dans l’agencement des sons. En somme, elle obéit aux mêmes règles que le langage articulé, lequel possède lui aussi, selon la langue utilisée, sa propre grammaire, son vocabulaire, sa syntaxe spécifique. Considérons donc ce langage et l’on peut s’apercevoir qu’il se décompose en langues. Il n’y a en effet rien de commun entre le solfège harmonique propre à la guitare, au saxophone etc… et le solfège rythmique de la batterie. Ce dernier a ceci de particulier qu’il rejette comme non pertinente toute considération de hauteur de son (do, ré, mi etc…*) au profit de la seule notion de note (caisse claire, cymbale ride etc…). De ce fait, la combinatoire sonore d’une phrase rythmique donnée, par l’addition des doigtés et des différents éléments de la batterie, devient véritablement infinie.
Selon nous, et dans un souci didactique, la langue rythmique de la batterie s’articule autour d’un certain nombre de figures de notes, qui sont pour ainsi dire, et pour filer notre métaphore linguistique, des unités lexicales permettant de s’exprimer. Ces unités ou figures durent toutes un temps, que la pulsation en soit binaire ou ternaire. En soi, jouées à la caisse claire dans le cadre du travail de la technique et du solfège, l’intérêt en est limité. Bien plus important à nos yeux est d’«incarner» ces figures, rythmiquement et mélodiquement, de leur donner chair et consistance d’un point de vue musical. Ainsi, toutes les figures constituant les différents chapitres de RYTHMÉLODIES (cinq au total) seront étudiées, ingérées pour ainsi dire, classiquement, c’est-à-dire par le biais du travail de caisse claire, mais pour mieux, aussitôt, et de manière systématique, en voir les applications à la fois rythmique et mélodique, et ce, dans tous les sens possibles, en variant les doigtés, les notes, et en insérant des silences. D’autre part, RYTHMÉLODIES (les chapitres III, IV et V du Tome 1, ainsi que la totalité du Tome 2) expose tout un jeu d’écriture permettant la mise en évidence de figures rythmiques supplémentaires obtenues par déduction. Elles sont en quelque sorte des déclinaisons de la figure de base. Ainsi, vous pourrez, au fur et à mesure, enrichir votre vocabulaire musical et acquérir les clefs de lecture propres à déjouer d’éventuels pièges d’écriture. Car toute partition, selon nous, est réductible à ces quelques unités que les subtilités d’écriture (analytique ou synthétique) brouillent parfois en les amalgamant ou au contraire en les éclatant jusqu’à les rendre méconnaissables. Enfin, sur le plan formel, RYTHMÉLODIES ne se parcourt pas de façon linéaire. Il se pratique de manière transversale, par le biais des différents degrés de difficulté vous permettant de rebondir d’un chapitre à l’autre en diversifiant les angles d’approche.
RYTHMÉLODIES est une méthode. De ce fait, elle n’échappe pas à certains lieux communs, à un académisme de toute façon inévitable. Le but de cet ouvrage est de faire découvrir la base du langage de la batterie, une sorte de b a-ba de l’expression rythmique et mélodique qui, soit dit en passant, ne constitue pour nous qu’une ébauche d’alphabet et d’élaboration d’une syntaxe. Cette méthode est donc mêmement lacunaire. Elle est une base, un tremplin : sa vocation, sa visée, au bout du compte, s’inscrivent dans un mouvement de dépassement, au-delà d’elle, hors d’elle et si possible, autrement qu’elle. « Trouver une langue », se fixait Rimbaud comme objectif. Telle est bien la démarche qui doit nous inspirer dans la pratique musicale : acquérir, à partir de ce minimum commun pour se comprendre, son propre mode d’expression, mettre à jour sa voix intime, sa langue à partir de cette langue collective décortiquée dans ce livre ― et surtout un son personnel. Se placer, via un vocabulaire sans cesse enrichi, au cœur de ce que l’on ressent pour le traduire le plus fidèlement possible ; et inversement, l’expressivité s’affinant, elle suscitera des modes d’expression nouveaux — le langage créant un langage et les émotions qui le portent, insoupçonnées, inédites, inouïes. La musique comme accès à la compréhension de soi, de ses émotions ; à la création de son individualité et à l’accroissement de son être par l’expressivité.
Voilà bien ce à quoi ces pages voudraient encourager et que, précisément, elles ne vous apprendront pas. Votre désir, votre talent seuls vous y conduiront.
* Il n’y a pas de hauteur de son certes, mais il s’agit bien de notes. Il est évident, et il ne faut jamais le perdre de vue, qu’un batteur est, au même titre qu’un pianiste, un producteur de notes.

Haut de page